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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 21:17

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Par Dr Farouk Nemmouchi

Proffesseur à l'Institut des Sciences économiques

Université de Constantine ALGERIE

Directeur INSIM Constantine

 

 

 

Lorsque le gouvernement algérien affirme que la crise financière ne nous affecte pas, cela est vrai si l`on se place du point de vue strictement financier. En effet le système bancaire algérien est insensible à la déprime des marchés financiers dans le monde pour la simple raison qu’il est en totale déconnexion par rapport à eux.

 

Les investissements de portefeuille entre l`Algérie et le reste du monde sont inexistants, En revanche les conséquences de la crise se sont manifestées indirectement lorsque la récession économique mondiale a provoqué un choc pétrolier qui a fait chuter le prix du baril de 145 dollars à moins de 35 dollars en quelques mois.  Ce n`est pas la crise économique mondiale qui est responsable des difficultés économiques de l`Algérie. Ce sont plutôt les faiblesses structurelles de son économie qui explique sa forte sensibilité aux chocs externes quelque soit leur origine.

Au début de la décennie 80 l’aisance financière provoquée par la hausse du prix du pétrole a permis le lancement du PAP (programme anti-pénurie). Le slogan de l`époque était pour une vie meilleure et pour cela, on pensait que pour introduire une part de bonheur dans les foyers algériens, il suffisait d`importer des biens.

Le choc pétrolier de 1986 a mis fin a cette illusion et ouvert la voie a un état de cessation de paiement et l`inévitable recours à la politique de rééchelonnement de la dette extérieure.

Plus de vingt après un second choc pétrolier  met en évidence la vulnérabilité de l économie algérienne. La répétition du scénario de 1986 inquiète sérieusement le gouvernement.

 

L’adoption de la loi de finances complémentaire  adoptée par voie d’ordonnance en juillet 2009 cherche à faire face aux graves menaces qui pèsent sur la situation de la balance de paiement Parmi les mesures prises dans le cadre de cette loi, l`attention se focalise sur la suppression du  crédit à la consommation et l’imposition du crédit documentaire (Credoc) comme seule technique de paiement des importations.

Peut-on considérer ces mesures comme des instruments de régulation adaptées à une économie en transition vers le marché ? Apportent-elles une solution durable a l`impasse économique algérienne ou bien s`agit-il simplement d`un replâtrage dans l`attente d’une évolution favorable du marché pétrolier?

Le crédit à la consommation est une technique de financement de la consommation des ménages pour soutenir la croissance et l’activité économique d`un pays.

 

Lors de son introduction en Algérie il était clair que cette technique allait certes profiter à des ménages algériens en leur donnant l’accès à certains biens durables mais surtout aux entreprises et aux banques étrangères.

Ces dernières se voit attribuer un monopole qui consolide leur position sur un segment rentable et à faible risque.

Il est surprenant de constater que c`est seulement aujourd`hui que l`on semble prendre conscience que le crédit à la consommation est ruineux pour l`économie nationale.

Dans un système économique mondialisé il est reconnu que les banques étrangères s’installent dans d’autres pays pour accompagner le développement de l’activité internationale des multinationales.

Si on voulait réellement attirer les capitaux étrangères dans la sphère productive  pourquoi avoir gelé un règlement de la Banque d’Algérie datant de 1990 lequel obligeait les concessionnaires et grossistes s`installant dans notre pays à investir au bout d`un certain délai

 

Avec la levée de cette contrainte les sociétés étrangères  peuvent vendre leurs produits en Algérie et investir dans d`autres pays. Au moment ou l²Algérie a importé des véhicules pour une valeur de 3,7 milliards de dollars en 2008, le groupe  Renault-Nissan va réaliser une usine au Maroc  qui   doit produire 400 000 voitures annuellement dont 70% a l`exportation et va générer 6000 emplois.

Le coût total de cet investissement est d’un milliard d’euros.

Maintenant si nous retenons l`hypothèse que la suppression du crédit à la consommation est de lutter contre le surendettement des ménages, alors il faut que l’autorité monétaire commence déjà par encadrer les taux d`intérêt en obligeant les banques à afficher un taux effectif global et  fixer un taux plafond pour lutter contre la pratique des taux usuraires

 

La deuxième mesure porte sur l’imposition du crédit documentaire (Credoc) comme seul mode de paiement des importations.

Il faut précisera que le Credoc selon les pratiques bancaires internationales remplit deux fonctions : c`est un moyen de paiement et un  instrument de financement des importations dans la mesure où l`importateur peut disposer de la marchandise et payer plus tard (crédit documentaire à paiement différé). Lorsqu’il y a une relation de confiance entre la banque et son client ou que celui-ci bénéfice d’une ligne de crédit, cette technique de paiement comporte des avantage car elle préserve les intérêts de l’acheteur et du vendeur. Si la banque a des doutes sur la solvabilité du client, elle peut exiger le versement d’un dépôt de garantie pouvant égaler le montant de la transaction. C’est surtout cet aspect du Credoc qui suscite le plus le mécontentement des importateurs.

 

La constitution de la provision est un acte d`immobilisation de la trésorerie qui annule l`avantage accorde  par le fournisseur à son client lorsqu`il le fait bénéficier d`un délai de règlement. Le dépôt de garantie prive les entreprises surtout celles qui sont productrices de la possibilité  d`utiliser le crédit fournisseur comme instrument de financement de leur besoin en fonds de roulement.

La généralisation du Credoc comme seul mode de paiement va entraîner un effet d’éviction de toutes les sociétés importatrices qui ne disposent pas d’un matelas  financier conséquent. Le Credoc n’est rentable en termes de coût que lorsque les factures émises portent sur des montants élevés.

Il n`est pas certain que par ce procédé l’objectif de diminution de la facture des importations soit atteint. En 2008, 42,5% des biens achetés à l’étranger sont constitués par des équipements industriels destinés surtout aux grands projets publics.

La mise en application de cette mesure  risque d’encombrer le service étranger des banques surtout si le crédit documentaire implique l’ouverture d’un dossier pour chaque transaction. Enfin cette disposition n`améliore pas le climat de compétitivité des entreprises algériennes et peut desservir le risque Algérie car les partenaires étrangers peuvent en faire une autre lecture que celle qui est avancée par le gouvernement.

 

Les mesures édictés par la loi de finances complémentaire 2009 font craindre aux importateurs la mise en place  d`une politique indirecte de rationnement des ressources en devises. Elles sont révélatrices d`un état de panique concernant une détérioration rapide des comptes de la balance de paiement de l`Algérie.

La balance de paiement est un document comptable qui peut être comparé au compte de résultat d’une entreprise dans la mesure il rend compte de son activité d`exploitation.

Il renseigne sur les sorties et les rentrées de devises qui résultent des flux de biens et  services et des flux financiers entre l’Algérie et le reste du monde.

Depuis 2002 jusqu'à 2008 la balance de paiement de l`Algérie a été largement excédentaire grâce a la balance courante. Cela signifie que durant ces années l’Algérie a disposé d’une capacité de financement qui la range parmi les pays exportateurs nets de capitaux. C’est grâce à cette capacité de financement que le remboursement anticipé de la dette extérieure a pu se réaliser et que la banque centrale a effectué des placements en bons du trésor américain.

La survenue d’un choc pétrolier à partir du second semestre 2008 a provoqué un scénario des plus inattendus En effet les résultats du 1er semestre 2009 indiquent que l`Algérie s`achemine tout droit d`ici la fin de l`année vers un déficit de la balance courante qui avoisinerait les 10 milliards de dollars qui s`explique par trois facteurs : l`effondrement des recettes d`exportation, le volume très élevé des importations de services (transports et assurances des marchandises, études et assistance technique) et les transferts des dividendes des entreprises étrangères installées en Algérie.

Ces deux derniers postes ont atteint respectivement 11 milliards de dollars et 4,56 milliards de dollars en 2008. Dans l`hypothèse fort probable d`une stabilité du solde du compte financier, le solde global de la balance paiement sera négatif en 2009.

 

Le déficit de la balance entraînerait comme conséquence logique  une dépréciation du dinar à l’égard des monnaies étrangères et pourrait affecter la convertibilité du dinar en rapport avec la libéralisation du compte courant.

Cette situation mettrait les autorités algériennes dans une posture inconfortable à partir du moment où notre pays a adhéré a l’article VIII des statuts du FMI qui consacre la convertibilité courante du dinar.

Le déficit de la balance de paiement exprime un basculement d’une situation de capacité de financement à un état de besoin de financement.

Cela veut dire quoi ? Tout simplement que pour financer ce besoin la banque centrale doit puiser dans les réserves  de change. Cela veut dire également que l’idée d’investir dans les obligations internationales émises par le FMI ou tout autre placement à l’étranger n’est plus d’actualité

Imaginons maintenait un scénario catastrophe qui demeure fort probable, celui d’une forte baisse  des réserves d e changes suite à des facteurs multiples : hausse de l’euro par rapport au dollar, augmentation du prix des produits sur les marchés internationaux ou dégradation plus importante du marche des hydrocarbures, etc.

 

Si le niveau atteint par ces réserves ne peut plus couvrir les importations alors il faudra se  tourner vers les marchés financiers internationaux c’est à revenir à l’endettement extérieur. Cette solution n’est pas évidente en raison de la crise financière internationale marquée par une contraction du crédit international. Il reste alors une ultime alternative, c’est de solliciter le soutien du FMI.

Or cette institution internationale n’est disposée à  financer le déficit de la balance de paiement d’un pays que si les autorités du pays candidat à l’emprunt doit prendre des mesures très contraignantes. C’est le spectre d’une politique d’ajustement structurel bis qui préoccupe le gouvernement si rien n’est fait pour freiner cette tendance.

La suppression du crédit à la consommation et l`obligation d`utiliser le Credoc comme seul moyen de paiement sont des mesures administratives et coercitives qui sont aux antipodes d’une politique de régulation propre à une économie de marché.

 

Elles occultent les causes réelles et profondes des déséquilibres financiers internes et externes. Le débat de fond doit aller au-delà des mesures contenues dans La LFC 2009 si on veut agir efficacement sur les distorsions qui minent l’économie nationale et sont responsables de sa sensibilité aux chocs externes.

Pour ne pas avoir tiré les leçons de la crise de 1986, l`Algérie est victime d’un nouveau choc pétrolier qui révèle  une fois de plus les limites d’une stratégie économique axée délibérément sur la valorisation des hydrocarbures et l’accumulation rentière et le recyclage de cette rente dans une économie non intégrée, déstructurée, extravertie et caractérisée par une très faible capacité d`absorption.

 

Le recyclage de la rente s`opère par le biais de la dépense publique qui devient le principal instrument de la monétisation des ressources des hydrocarbures.

L`ampleur de ces dépenses est telle qu`il faut puiser dans le fonds de régulation des recettes pétrolières pour combler des déficits budgétaires alarmants.

Si on prend l’exemple de la Loi de finance 2009, les recettes sont établies sur la base d’un prix du baril de pétrole explicite égal à 37 dollars.

Pour l`année 2009 le montant des recettes atteint 2.787 milliards de dinars alors que celui des dépenses est de l`ordre de 5.191 milliards de dinars.

On enregistre par conséquent un déficit de 2400 milliards de dinars. Le prix de 37 dollars demeure une référence théorique car si l’on tient compte des ressources mobilisées en puisant dans le fonds de régulation pour financer le déficit budgétaire on s’aperçoit que les dépenses sont exécutées sur la base d un prix égal a 69 dollars. Par conséquent lorsque le prix du baril descend a moins de 69 dollars il y a déficit budgétaire.

 

La stimulation de la croissance économique par la dépense publique dans le contexte de l’économie algérienne ne produit pas les mêmes résultats que ceux envisagés par la doctrine keynésienne.

La monétisation de la rente pétrolière n`a pas entrainé une croissance économique globale diversifiée et durable et n`a pas eu de retombées sur les autres secteurs notamment sur le tissu industriel. L’augmentation massive des dépenses publiques financées par la fiscalité pétrolière dans le contexte d’une économie non diversifiée est à l’origine de l’explosion des importations sans impact tangible sur la production nationale et de la difficulté a absorber le surplus monétaire.

 

L’injection de monnaie par la sphère budgétaire a provoqué un accroissement  de la masse monétaire qui est passé de 11,45% en 2004 à 24,17% en 2007, ce qui laisse supposer que nous allons connaitre des taux d`inflation élevés. Plus grave est la hausse de la monnaie fiduciaire (billets en circulation) dont le taux de croissance   entre 2004 et 2008 a atteint 76,2 % et cela au moment ou des investissements considérables ont été réalisés pour le développement de la monétique et l`utilisation du chèque et des moyens de paiement électronique,

L’élargissement des bases de l’accumulation rentière est devenu un puissant frein à l’émergence et au développement de la modernisation industrielle et d’une économie de production diversifiée.

Nous avons expérimenté différentes doctrines économiques : le socialisme, le  monétarisme a l`occasion du rééchelonnement de la dette extérieure et depuis les années 2000 un semblant de keynésianisme et aucune de ces doctrines n’est parvenu à ébranler les fondements d’un système économique fondé sur la rente énergétique.

La stratégie économique poursuivie sans relâche relève d’une conception mercantiliste. Ce  courant de pensée dominant au XVI et XVII° siècle soutient la thèse  selon laquelle  pour enrichir une nation il faut accumuler beaucoup d`or. En ce début du 21eme siècle  la démarche économique privilégiée consiste à accumuler des devises et des dinars en substituant l’or noir (le pétrole) à l’or jaune.

 

La diversification de la production des exportations promise depuis le choc pétrolier de 1986 n’a enregistré aucune avancée et la même situation peut se reproduire a l`occasion du prochain plan quinquennal pour lequel on envisage d`investir 150 milliards de dollars.

Pour mobiliser cette somme la tentation sera forte de produire et d`exporter davantage de pétrole et de gaz. Et si la politique économique consiste a injecter de la monnaie résultant de cette rente par le biais de ma dépense publique sans mobiliser les forces productives nationales et en s`appuyant sur des investissements étrangers créateurs de richesse matérielle, alors nous courrons le risque d’accentuer encore plus les déséquilibres de la balance de paiement.  

 

Ce n’est pas une loi de finances complémentaire adoptée en catimini avec des mesures à portée limitée qui va résoudre le déséquilibre de la balance de paiement de l’Algérie. Ce n’est pas la crise financière internationale qui est responsable de l`impasse économique dans laquelle se trouve le pays.

La reprise économique mondiale  se fera mais sans nous. Il est évident que la seule solution pour sortir de cette impasse, c’est de réformer l’économie en ayant le courage politique de remettre en cause l’ordre établi par le modèle rentier.

C’est grâce à cette rupture que l’on peut envisager une alternative de croissance économique réelle qui crée des emplois durables, mobiliser les énormes compétences maintenues dans un état jachère et sauvegarder les équilibres de la balance de paiement sur le long terme. 

Une telle stratégie met l’Algérie à l’abri d’un programme d’ajustement structurel bis dont le coût social serait dans les conditions actuelles plus élevé que celui qui a été appliqué entre 1995 et 1998.

 

Voir aussi 

Les billets de banque et l’endettement des nations

MARCHES BAISSIERS : Les Réflexions de l'Economiste Charles Gave

La famine en corne d'Afrique selon Jean Ziegler

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Published by Dr F. Nemouchi - dans OPINIONS & ANALYSIS
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